Dix jours après, Anthony Scaramucci, l’ami de Trump a été viré: retour sur un fiasco

Scaramucci durant le forum économique mondial en 2014 (c) Wikipedia “ Je pense que ce n’est pas un bon signe pour l’administration Trump. En six mois, leur histoire commence à s’épuiser, alors ils rajoutent de nouveaux personnages fous “, avait ironisé l’humoriste américain Stephen Colbert à l’annonce de la nomination comme directeur de la communication de la Maison Blanche, Anthony Scaramucci. Il aura tenu dix jours. Assez pour le confirmer dans son rôle de “ fou “, donc de trop pour le nouveau secrétaire général de la Maison Blanche, John Kelly, chargé de mettre de l’ordre dans l’administration Trump. Scaramucci a démissionné.
Après le départ du porte-parole de la Maison Blanche Sean Spicer et Reince Priebus, secrétaire général, c’est le dernière épisode en date d’une saga où les têtes tombent très vite, à en rendre jaloux les scénaristes de Game of Thrones .
“ On l’a forcé à partir , rectifie Vincent Michelot, professeur d’études américaines à Sciences Po Lyon. Il avait été nommé pour renouveler la communication de la Maison Blanche, dans un état catastrophique. Mais il a échoué. ” Pour Trump, la séquence médiatique de ces derniers jours a été rude. Après avoir fait huer Barack Obama par un parterre de 45 000 boyscouts, le président a incité les policiers à ne pas se montrer “ trop gentils ” lors des arrestations. “ Le job d’un directeur de la communication est de contrôler la parole de la Maison Blanche et de l’harmoniser “, met en avant Vincent Michelot.
“Trump avec 20 ans de moins”
Deux semaines ont pourtant suffit à celui qu’on surnomme “The Mooch” (la sangsue), pour se faire connaitre et devenir la coqueluche des late night shows américains , les consolant de la perte de Sean Spicer. L’ex financier new-yorkais a multiplié les dérapages, s’illustrant particulièrement dans le genre vulgaire et outrancier, à l’image d’un certain… Donald Trump. “ Scaramucci, c’est Trump avec 20 ans de moins , pointe Vincent Michelot. C’est la même figure d’un homme d’affaires qui n’a aucune expérience politique et aucune connaissance du processus législatif. ”

You will be missed, Mooch. #TheMooch pic.twitter.com/jPu63ooRD8
— The Late Show (@colbertlateshow) 31 juillet 2017

Dans un entretien hallucinant publié par le New Yorker , celui qui était encore directeur de la communication de la Maison Blanche a multiplié les attaques très crues contre le conseiller du président,”J e ne suis pas Steve Bannon car je n’essaye pas de sucer ma propre bite “, et contre le secrétaire général Reince Priebus – qui a depuis quitté ses fonctions, qualifié de “ putain de schizophrène, un paranoïaque “. Pas plus tendre avec son équipe de communication, il a déclaré vouloir “ tous les virer”.  “ Je me sers parfois d’un langage fleuri “, se justifiera-t-il dans un tweet.

I sometimes use colorful language. I will refrain in this arena but not give up the passionate fight for @realDonaldTrump ‘s agenda. #MAGA
— Anthony Scaramucci (@Scaramucci) 27 juillet 2017

Les propos ont scandalisé Washington. Pourtant, d’après Annick Cizel, maitre de conférence à Paris 3, ils ne sont pas la raison de la mise à l’écart de Scaramucci.
“Ces paroles étaient outrancières et ont certainement choqué des gens à la Maison Blanche. Mais Trump a mis environ 3-4 jours à les condamner. Avec Scaramucci, il souhaitait avoir un ami de longue date. Mais il a fait le choix de la raison.”
Un départ imposé à Trump
Un choix dicté par le général John Kelly, qui en aurait fait une condition sine qua non de son arrivée comme secrétaire général. “ Le départ de Scaramucci semble appartenir au cahier des charges que John Kelly a posé lorsqu’il a accepté de lâcher le ministère de la défense pour prendre ce poste “, analyse Annick Cizell. Le général des marines à la retraite a pour mission de centraliser tout ce qui sort de la Maison Blanche afin de gagner en cohésion poursuit l’historienne. “ Avec Kelly, Trump va retrouver un système d’organisation militaire qu’il a connu dans son enfance. C’est peut-être le cadrage institutionnel qu’il lui faut “, avance-t-elle.
Pour l’heure, on pourrait se croire dans la série House of Cards , sauf que le président donne la furieuse impression de ne pas maitriser tous ces pions. “ Trump ne sait pas bien s’entourer , explique Vincent Michelot, Son premier critère, c’est la loyauté, non pas aux idées mais à sa personne car il n’a aucun repère en terme de valeurs. ” D’où la place privilégiée de sa famille dans son administration, branche new-yorkaise de l’entourage de Trump, souvent opposé à l’establishment de Washington, le parti Républicain.
Si, selon Vincent Michelot, on a vu disparaitre progressivement les cadres républicains traditionnels, Annick Cizel estime que “ Mike Pence, vice-président et représentant du parti républicain à la Maison Blanche reste très présent. Un partage des tâches est en train de se faire entre lui et le général Kelly, chargé de remettre de l’ordre dans la charge de commandement.”

C’est une grande émission de télé réalité, ce n’est pas possible autrement.
— thomas snegaroff (@thomassnegaroff) 31 juillet 2017

“L’absence de discipline de l’administration Trump”
Le temps est compté pour le président. Les élections de mi-mandat arrivent à grand pas et le Congrès n’a encore fait passer aucune législation importante en six mois. “ C’est la conséquence de l’absence de discipline qui règne dans l’administration Trump “, conclut Vincent Michelot. Pour lui, le premier test de l’influence de Kelly à la Maison Blanche se verra bientôt: si Trump continue, ou non, de faire un usage impulsif de Twitter.
Grand donateur du parti républicain, Anthony Scaramucci avait apporté un soutien tardif à Donald Trump. Il s’était bien rattrapé, allant jusqu’à rater la naissance de son fils afin d’être avec le président. Donald Trump l’a quand même viré. Et sa femme vient de demander le divorce.
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